ousiologie

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L 'HOMME, ETRE EN QUE TE DE LA CONNAISSANCE

 

            Notre réflexion nous renvoie ici, à un texte extrait de structure de la connaissance, dans son introduction des auteurs Jean François Froger et Robert Lutz. Dans ce texte ses auteurs nous invitent à réfléchir sur la connaissance. Ainsi, à la question de savoir : l’homme est-il le maître de sa façon de connaître ? Jean François Froger et Robert Lutz soutiennent que l’homme peut disposer de sa façon de connaître.

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            Au premier moment de ce texte, Jean François Froger et Robert Lutz affirment que l’homme acquiert la maîtrise de son esprit après une conquête rude ; aussi, la connaissance comme aspiration « n’est pas immédiatement donnée mais elle apparaît comme une conquête »[1]. Cette conquête fait de la connaissance un cheminement qui « apparaît en outre comme une ascension graduelle »[2] et ainsi la connaissance qui est une conquête passe pour nos auteurs par celle de ses facultés. A cet effet ils distinguent trois facultés de connaissance et font de l’esprit la première faculté conduisant à la connaissance en ce sens que pour eux l’homme ne peut parcourir le grand champ de la connaissance que par son esprit ; mais cet esprit en tant que faculté de connaissance, l’homme doit le maîtriser ; car il s’ouvre et s’adonne à toutes formes de choses et les accueille telles sans les soumettre à un quelconque jugement. Cet esprit se donne à une description du monde sans en connaître les causes réelles ; il ne cherche donc pas la vérité des choses mais se donne « à imaginer le monde et s’envoler dans des rêveries fantasques ! » ; or nous dira Kant dans critique de la raison pure, l’imagination est « le pouvoir de se représenter dans l’intuition un objet même en son absence » ; dans cette même perspective Pascal ajoutera également dans pensées que : « l’imagination c’est cette partie dominante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté ». Voilà pourquoi l’homme ne doit pas se référer à son esprit qui n’est que pure imagination et rêverie, mais au contraire il doit l’apprivoiser, c’est-à-dire le conduire à soumettre les choses au jugement.

A cet effet, l’homme doit donc acquérir la maîtrise de son esprit, mais cette maîtrise ne se révèle pas chose facile. Cette difficulté, les auteurs la soulignent en en faisant une analogie avec le dressage d’« un cheval sauvage ». Pour ce faire, ils apparentent l’esprit au « cheval sauvage » ; en outre, de même que le « cheval sauvage parcourt la plaine au galop », de même l’esprit est plongé dans le monde à travers les imaginations et « les rêveries fantasques ».

Ainsi, devant ses imaginations et ses rêveries, l’homme qui aspire de toute part à la connaissance se doit de maîtriser son esprit afin de le guider vers le chemin de la seule vérité car, nous dira Bachelard  dans l’air et les songes : « par l’imagination nous abandonnons le cours normal des choses. » en ce sens que « Imaginer c’est s’absenter », ajoutera t-il. Il est donc d’une grande nécessité d’avoir la maîtrise de son esprit. Cette maîtrise de son esprit, l’homme arrive à l’acquérir, affirmeront les auteurs ; car nous diront-ils, celui-ci « s’en fait un ami [mais cela] après un dressage parfois rude ». Après cette rude conquête au bout de laquelle il arrive à apprivoiser son esprit, l’homme peut donc s’évertuer à la recherche de la vérité qui est la connaissance. Dans cette recherche de la vérité, la parole « qui vit dans l’âme de l’homme qui sait, qui se reproduit dans les autres âmes et propage ainsi éternellement la semence de la science »[3] suffit à l’orienter. C’est pourquoi Jean François Froger et Robert Lutz diront que : « lorsque la complicité de l’animal est acquise, la parole suffit à le conduire. ».

Revenant sur cette analogie faite entre le dressage du cheval sauvage et la maîtrise de l’esprit, les auteurs nous invitent à percevoir comment est « plus admirable encore la maîtrise que l’homme acquiert sur son propre esprit » par rapport à l’admirable conquête du cheval sauvage. Cet admirable conquête est le fruit de « la volonté et (…) la patience humaine ». Une fois la maîtrise de « son propre esprit » acquise, il convient de le conduire vers les régions supérieures de la connaissance c’est-à-dire de le conduire vers la vérité des choses en ce sens qu’on ne lui reconnaît avec les auteurs que l’aptitude à ne voir que l’aspect sensible des choses ( qui n’est pas encore vérité, car c’est par le sensible que commence la vérité et donc on ne peut la prendre pour la vérité elle-même ) et à n’en considérer d’après lui  la vérité. Voila pourquoi, « la raison [doit conduire] (…) l’esprit dans des discours méthodiques vers une description fidèle du monde ». Il nous apparaît dès lors que les auteurs font de la raison la seconde faculté de connaissance. En effet, c’est par la raison que nous accédons à la véritable propriété du savoir ; ainsi avec la raison, l’esprit est raisonné  et est conduit dans la grande propriété de la connaissance. La raison comme l’on dit les auteurs, décrit encore mieux le monde que l’esprit, car elle ne s’arrête pas à voir les choses telles qu’elles sont données par le monde mais elle cherche la vérité de ces choses et ce n’est véritablement qu’à la vérité de ces choses que nous pouvons parler de connaissance du monde en ce sens que la vérité est la connaissance effective. Cette description fidèle dont parlent les auteurs, la raison la mène « par une patiente observation et par une plus patiente encore mise en forme de la pensée. ».

Cependant, quitte à savoir si la raison dispose d’elle-même des orientations à donner à l’esprit dans sa conduite vers le savoir.

            Jean François Froger et Robert Lutz soutiennent que l’homme, par l’intelligence, est le maître de sa façon de connaître ; et parce qu’il est le maître de sa façon de connaître, c’est lui qui établit à la raison les garde-fou dans son déploiement vers la connaissance. Par ailleurs, la raison apparaît comme le cocher de l’esprit dans son parcours vers la vérité. Ainsi, l’esprit dans son parcours orienté par la raison, découvre la réalité des choses et sa propre réalité ; car la raison lui aura soumis par son caractère de juger d’y soumettre tout. Cependant, cette découverte de la réalité des choses qui n’est autre chose que la connaissance n’est pas chose aisée ; elle est le fruit d’une conquête. Cette conquête n’est possible qu’à la mesure de se heurter au terrain de la connaissance. Ainsi donc, plus nous cheminons sur ce terrain, plus nous progressons dans les degrés de connaissance. C’est également ce pourquoi les auteurs affirmeront que : « la promenade assidue de l’esprit dans la diversité des formes du monde qu’il commence à s’approprier dans la diversité des formes de son discours lui permet de connaître et le monde et lui-même ».

Cette connaissance qu’acquiert l’esprit n’est pas le fruit de son propre effort, car il aura beau parcourir « la diversité des formes du monde », il ne s’en fera qu’une imagination. Seule « la raison en est maîtresse » en tant que faculté nous faisant entrer de plein pied dans le champ de la connaissance. Aussi, « elle n’en est pas la cause » ; autrement dit, la raison ne se trouve pas au fondement de la façon de connaître. La raison doit donc être également acquise, voire maîtrisée. Ainsi, « il faut à son tour la dompter pour qu’elle ne produise pas des extravagances rationnelles », en d’autres termes pour qu’elle ne juge pas les choses à sa guise, « comme si elle n’avait pas à se soumettre ». Étant donné donc qu’elle n’est pas la cause, cette cause à laquelle elle doit se soumettre n’est rien d’autre que « la volonté libre de l’homme ». Cette volonté libre, les auteurs l’apparentent à l’intelligence. La volonté, comme le définit Bergson, est « un désir accompagné de réflexion » ; elle est donc libre arbitre, capacité à s’autodéterminer. Cette autodétermination de la volonté se transcrit dans sa capacité à décider ce qui se trouve être bien pour lui, d’autant plus que le désir nous pousse foncièrement à la recherche du bien. Or le véritable bien pour l’homme, sa véritable aspiration, c’est la vérité dans laquelle nous introduit la connaissance. Aussi, l’intelligence est la faculté qui possède la connaissance et essaie de la transcrire dans des discours soit oraux ou écrits. Il apparaît clairement qu’en apparentant la volonté libre à l’intelligence, les auteurs font de l’intelligence la troisième faculté de connaissance. C’est en effet pourquoi, ils affirmeront que : «  l’intelligence souveraine décide en dernier ressort des conduites de la raison même ». Il est vrai que la raison nous introduit dans le champ du savoir, mais ce savoir n’est pas de toute évidence vérité ; voilà pourquoi il est nécessaire de s’assurer de la certitude de ce savoir car, « lorsque le discours rationnel à été établi, ne faut-il pas en effet s’assurer de ses fondements ? » Et c’est en effet en cela que consiste l’intelligence ; ce que nous percevons chez les auteurs quand ils affirment sous forme d’interrogation et cela pour que nous puissions convenir avec eux de cette évidence (l’intelligence assure la certitude du savoir) : « qui décide alors [de la certitude du savoir] sinon l’intelligence, antérieurement à la logique du discours ? ». L’intelligence en tant que certitude du savoir fait de l’homme le maître de sa façon de connaître, d’autant plus qu’elle se confond à la volonté libre de ce dernier.

Cependant, l’intelligence décide-t-elle hasardement des conduites à donner à la raison ?
A quoi se fie-t-elle pour tirer la certitude du savoir ?

            Devant ces interrogations, Jean François Froger et Robert Lutz soutiennent que la façon de connaître de l’homme passe nécessairement par la liberté «  qui ne consiste pas à décider n’importe quoi ! » étant donné que la liberté humaine réside justement dans la capacité de choisir ou libre arbitre. Avec Descartes, nous verrons que cette liberté trouve son fondement dans le doute et, nous dira-t-il, c’est du doute qu’émerge la vérité.

Aussi, l’homme ne peut choisir que ce qui est bien pour lui, voire ce qui lui est agréable. Cependant, il reste à savoir ce qui lui est agréable. Le bien ou l’agréable est ce qui procure une sensation de plaisir au corps et à l’âme ce qui procure la joie. Cette sensation de plaisir que le bien procure au corps n’est pas intrinsèquement un bien, car il provoque le vice contrairement à la joie qu’il procure à l’âme ; c’est pourquoi, nous sommes invités par bon nombre de philosophes à dépasser les biens du corps vers ceux de l’âme. Ainsi, « la liberté [nous incluant de choisir ce qui est bien pour nous] consiste à user des puissances de l’âme ». Par ailleurs, les auteurs distinguent dans l’âme trois puissances. L’usage de ses  puissances de l’âme ne doit pas se faire l’une sans l’autre, et ce n’est qu’à mesure d’avoir usé de toutes ces puissances que l’on peut atteindre le véritable bien qui procure la joie.

En outre, la joie étant considérée comme l’expression de la perfection de l’homme elle est liée à la connaissance parfaite des choses, ajoutera Spinoza. Cette connaissance parfaite n’est possible que lorsque les puissances de l’âme auront chacune joué son rôle : « imagination et raison – avec l’assentiment de l’intelligence aux « données » du monde ». L’intelligence libre n’accueille pas la tallité[4] des « données du monde », elle « n’est pas auto référente », mais elle cherche la vérité des données du monde pour répondre à l’aspiration de l’homme à savoir la vérité. Ainsi, « elle aime la vérité à laquelle elle consent ». Cette vérité est la certitude du savoir. La certitude du savoir nous donne d’agir en toute conscience, aussi, elle nous permet de poser des actes en connaissance de cause. C’est dans cette même perspective que Jean François Froger et Robert Lutz affirment d’un maître de la pensée que « la vérité (…) rendra libre ». Cette vérité s’acquiert avec des éléments servant de base au raisonnement ou à la recherche. Ces éléments, notons-le, nous sont déjà établis, octroyés ; et la présence de l’homme n’influe pas sur celle de ses données ; aucune action de l’homme ne peut les changer. En clair, ces éléments s’imposent à la recherche scientifique ; c’est pourquoi Jean François Froger et Robert Lutz affirmeront que : « toutes les sciences obéissent à des données indépendantes de l’homme ». Ainsi donc, l’homme « qui naît dans le monde déjà là » rencontre ses éléments et n’a aucune influence sur elle. Ces éléments ou données ont la primauté et la priorité dans l’ordre de la connaissance. Ce n’est qu’à partir de leur appropriation que toute science est possible, « mais l’appropriation de ces données ne peut s’accomplir qu’en construisant des représentations analogues ». Ces représentations analogues, c’est l’homme qui les construit et c’est en effet pourquoi « l’homme est ainsi maître de sa façon de connaître ». Cette façon de connaître, il peut en disposer selon qu’il trouve dans un autre un effet plus attendu : « aussi peut-il en changer, s’il aperçoit qu’une façon est plus efficace qu’une autre », et cela constitue dès lors «  une révolution épistémologique », selon que celui-ci en aura jugé l’efficacité à partir d’une étude critique.

 

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            Si la connaissance est universelle, la façon de connaître est maîtrisée par l’homme. Cette maîtrise passe nécessairement par celle de ses facultés : esprit, raison et intelligence. La connaissance qui est un cheminement apparaissant comme une ascension graduelle commence avec l’esprit que l’homme arrive à maîtriser en le raisonnant ; et cette raison est à son tour assuré de la certitude de son savoir par l’intelligence. Et pourrons-nous ajouter, c’est en cette ascension graduelle que consiste la liberté étant donné que c’est de cette ascension qu’émane la vérité qui apparaît comme le gage de la liberté. Par ailleurs, cette vérité nécessite, pour être atteinte, des « données » déjà établies dont l’appropriation dépend de l’homme. C’est pourquoi, diront-ils, l’homme est le maître de sa façon de connaître. Pour arriver à une telle conclusion, les auteurs ont développé leur idée à travers un discours soutenu et une argumentation a fortiori, qui nous a facilité la compréhension du texte.



[1]AKPOUE Clément ; Cours magistral de philosophie de l’homme II : la connaissance ; Abidjan (UCAO), Décembre 2007

[2] Ibidem

[3] Platon, le banquet/Phèdre, Paris, Flammarion, 1992, P.104

[4] Mot emprunté au père Tossou Raphaël (président de l’UCAO-UUA) pour signifier l’être des choses, ce qui leur est intrinsèque.



23/06/2008
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