ousiologie

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THALES ET L'origine du monde

          Le texte de métaphysique A, 3, 20-30 (Paris, Vrin, 1991) du philosophe Aristote semble traiter de la question de l’élément primitif chez Thalès ; cette question notons le a été pendant longtemps la préoccupation des premiers philosophes appelés physiologues, ainsi que les questions concernant la nature et la cause des météores ou phénomènes astronomiques, tremblements de terre, vents, pluies, éclairs, éclipses et de la géographie sur la forme de la terre. Quant à la question de savoir, quelle est la matière dont sont faites les choses ? Aristote répond que pour Thalès cette matière est l’eau.

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Dès l’abord de ce texte Aristote développe l’idée selon laquelle Thalès tient l’eau pour principe ; mais notons qu’avant bien cela il rappelle que « quant au nombre et à la nature de ses éléments ces philosophes ne sont pas tous d’accord. » en effet, ces philosophes ne s’entendent pas quant à la nature et au nombre de ces éléments ; ainsi pour Anaximandre, c’en est l’infini ;  pour Anaximène, l’air et pour Héraclite,le feu ; mais  «  il faut se garder de voir dans ses formules une réponse au problème de la matière »[1] le terme élément que relève ici Aristote pour sa part « ne convient proprement qu’aux causes composantes des choses c’est-à-dire aux causes matérielles et formelles, et en outre , non pas à n’importe quelle cause matérielle, mais à celle qui est au principe de la composition première »[2]. C’est pourquoi Aristote a pu dire : « l’élément est ce dont la chose est composée en premier, lui est immanent, et ne comporte aucune division sous le rapport de la forme »[3], ce qui est de l’eau dont n’importe quelle partie est de l’eau. Selon Aristote pour Thalès, l’eau est le principe ; par terme principe, celui entend causes intrinsèques comme le souligne Saint Thomas à travers l’initiation de la philosophie de Saint Thomas II de Gardeil. H. Comme il, le dit par ailleurs « toute cause en effet peut être dite principe ». De manière analogique on parvient au fait que matière équivaut à principe en tant que « matière (…) est dite intrinsèque à la chose »[4] du fait qu’elle en est des constituants propres. Partant du fait que principe est équivalent à matière, on peut dire alors que l’eau en tant que principe est également matière ; entendons par matière « le substrat premier pour chaque être, à partir duquel naît quelque chose demeurant immanent »[5] l’eau, principe assigné à Thalès par Aristote joue pour Thalès un rôle primordial de l’univers ; cet élément premier animé est l’eau du fleuve Okéanos (Ωκεαηός) ; il est matériel, capable de transformations réglées par le cours des choses et source de vie. .La raison de ce choix pour l’eau provient sans doute de l’importance de celle-ci dans la croissante de la nutrition des choses vivantes, de son rôle central dans le quotidien des Milésiens et des observations qu’on prétend qu’il a faites en Egypte quant à l’importance du Nil et des autres fleuves qui faisaient l’objet de cultes ; par ailleurs cette conception n’est pas seulement perçut qu’en Egypte mais également chez plusieurs peuples. En Orient, « l’eau est chose essentielle : sans eau, pas de végétation ; sans elle, la vie même des animaux et des hommes est compromise »[6].et aussi « la liturgie juive, continuée dans la liturgie Chrétienne, ne pouvait manquer d’utiliser l’eau comme un signe : l’eau, source de vie spirituelle. Dans les chapitres sur les origines, l’auteur du document Yahviste envisage déjà la création en rapport l’eau : la vie des plantes de l’Eden dépend du fleuve qui l’arrose et qui, plus loin, se divise en quatre bras pour porter la fécondité aux autres régions ; la vie même de l’homme suppose l’humidité qui rend la glaise malléable et permet au créateur de modeler la forme humaine dans laquelle il insufflera le souffle vital (Gen., 2,5-10) (…) Les patriarches, semi-nomades, seront attirés par les points d’eau : leurs troupeaux en auront besoin, comme de la végétation qu’elle fera naître autour d’elle »[7];l’eau apparaît donc comme source de vie et tout être en a nécessairement besoin ; ce qui est perçut chez Aristote quant il affirme que «  toutes choses se nourrissent de l’humide » ; mais comme il le souligne également que « le chaud lui-même en procède et en vit » pour évoquer le fait que l’on peut toute fois « substituer l’humide au chaud dans le couple que forme la terre », ainsi « l’eau devient air par évaporation et en s’échauffant l’air donne du feu »[8]l’eau apparaît donc comme antérieur aux autres causes, ce qui conduit Aristote d’affirmer que  «  c’est cette observation qui(…) fit adopter cette conception » à Thalès. En, plus, « l’eau ayant comme attribut le froid et l’humide »[9] et étant donné « que les semences de toutes choses sont humides de leur nature » alors l’eau apparaît comme « le principe de la nature des choses humides d’où pour Thalès selon Aristote « le principe est l’eau », substance primordiale dont procède et dans laquelle retourne toute chose.     En rompant avec les explications mythologiques de l’univers, qui relataient l’origine du monde sous une forme poétique Thalès cherchait à définir un principe rationnel qui régit la nature ; son originalité est de faire de cette explication mythologique un principe de connaissance physique et métaphysique ; comme l’affirme Aristote dans la métaphysique, qui transmit à la postérité la doctrine de Thalès, cette approche marqua le début de la pensée scientifique et de la philosophie vouée à la recherche des lois et des éléments constants de la réalité changeante. On serait alors amener à se demander quelle est la conception des anciens cosmologistes quant à l’élément primitif ?

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Aristote quant à cela affirme que les anciens cosmologistes se seraient figurés la nature de la même manière que Thalès. Comme ce dernier le souligne les anciens cosmologistes datent de l’époque anté-philosophique et ceux-ci «  furent les premiers à traiter des dieux » à travers les célèbres théogonies mythiques, ceux-ci reçoivent pour cela le nom de Théologiens. Dans la majorité de ses théogonies, les créateurs sont un ou des dieux anthropomorphes qui génèrent l’univers et l’homme ; ils suggèrent des étapes des devenirs possibles du monde. Remarquons que ses cosmogonies ont été pour beaucoup l’œuvre d’étude dont plusieurs philosophes seront influencés. Ainsi, c’est par exemple « Hellanicos, selon qui le premier couple l’eau et la terre, ont engendrés le Chronos ou Héraclès (…) ce dernier s’unit à Anangké ou Adrastée pour engendrer dans Ether, Erèbe et chaos un œuf d’où, sorti le monde »[10]. A en croire cela, l’eau passe pour être le principe de toute chose, ce qui se perçoit également chez Platon, chez qui on voit « le ciel et la terre s’unir pour engendrer Océan et Téthys d’où naît le couple de Chronos et de Rhéa, qui produit à son tour Zeus, Héra et leurs frères »[11].A travers ses faits il est de toute évidence que pour les anciens cosmologistes le principe c’est l’eau d’où Aristote de dire que « les anciens cosmologistes (…)se seraient figurer la nature de la même manière. Chez lui, «  les théologiens (…) font naître toute chose de la nuit »[12]. C’est-à-dire que pour lui, les théologiens prennent la nuit pour principe. Cette vision n’est toute fois pas différente au fait qu’ils « se seraient figurer la nature de la même manière » que Thalès, c’est-à-dire prendre pour principe l’eau, car en donnant « effectivement l’Océan et Thétis comme auteurs de la génération », ils rejoignent cette idée d’autant plus qu’ils « font jurer les dieux par l’eau, que les poètes appellent Styx. »Styx, étant selon la mythologie grecque « une déesse fille d’Erèbe (les ténèbres et de Nyx (la nuit) et celle-ci personnifie un des fleuves des enfers »[13]; par ailleurs « dans d’autres traditions elle serait une Océanide fille aînée d’Océan et de Téthys ; Téthys étant une déesse marine archaïque, elle était la plus jeune des Titanides ; fille d’Ouranos (le ciel) et de Gaïa (la terre) comme le souligne plus haut Platon. Téthys est sœur et épouse d’Océan de qui elle eût de nombreux enfants : les dieux fleuves et les Océanides et elle personnifiait la fécondité marine ; elle recevait le soleil qui venait se coucher chaque soir au terme de son voyage. selon la théogonie Homérique Océan et Téthys sont les parents de tous les autres dieux d’où ceux-ci apparaissent comme les divinités primordiales ; il  en est de même chez Alcman, pour qui Téthys est la première déesse qui ordonnent toutes choses »[14], ce qui amène Aristote à affirmer que «  les anciens cosmologistes(…) donnent (…) l’Océan et Téthys comme auteur de la génération » et étant donné que comme le souligne la théogonie d’Homère Océan et Téthys étant les parents de tous les autres, ce qui rattache leur naissance à l’eau, les anciens cosmologistes «font jurer les dieux par l’eau » dira Aristote ;en outre on note également chez les peuples tels que les Abbey du canton Môrié,une déesse marine du nom de Kpolapo ( suit la encore), qui serait la mère de qui, procède toutes choses; en effet à la fin de l’année du peuple Abbey déterminé par la lune et qui le plus souvent tourne autour de Septembre on allait lui confier en plus de notre vie nos activités puisqu’elle était perçut comme principe de toutes choses ; également celle-ci était source de vie du fait que devant tout danger jalonnant notre vie il fallait prononcer son nom pour que le danger s’éloigne car tout lui était soumis. Par ailleurs dans l’évangile , l’eau sera reprit par l’auteur du quatrième évangile qui lui fait correspondre «  deux éléments de la tradition vétérotestamentaire la purification, l’apaisement de la soif spirituelle » [15]ici, il est clair que l’eau procède du divin pour la sanctification de ses créatures et dans le chaos règne entre le ciel et la terre l’eau sera le premier élément non seulement parce qu’il procède du divin , mais encore comme élément purificatoire, elle vient purifier le chaos, c'est-à-dire rétablir l’ordre qui n’y régnait.

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Au terme de notre analyse, il convient de souligner qu’Aristote nous a permis de voir le principe de toutes choses chez Thalès. Ce principe qui selon lui Thalès assimile à l’eau ; cette vision de Thalès constitue un point de départ pour la pensée scientifique et pour la philosophie rompant ainsi avec la conception cosmogonique des anciens cosmologistes, chacune de ses cosmogonies présentant une série de forme mythique issues les unes des autres, consistant à frapper l’imagination ; mais qui toute fois, on la même perception de l’élément primitif que Thalès.



[1] Ibid, A, 3,983 b 6-11 ; 984 a 2-7

[2] Gardeil. H ? Initiation à la philosophie de Saint Thomas II

[3] De Generatione, A, c.10, 327 b 22-31

[4] Gardeil. H, Op.cit, p

[5] Aristote, Physique., I, C.9, 192 a 31-32

[6] Dheilly. J., Dictionnaire biblique, Paris, 1964

[7] Idem

[8] Gardeil. H, Opcit,.p.23

[9] Emile Bréhier, Histoire de la philosophie I

[10] Idem.,p 43

[11] Timée, 40 e

[12] Aristote, Métaphysique, 1071 b 25

[14] Op.cit/Téthys/

[15] Dhelly. J., Dictionnaire biblique, p.298



23/06/2008
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