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Vodoun, une identité de l’homme Africain

Vodoun, une identité de l’homme Africain

 

         En Afrique noire, sans être tout, le vodou comme religion pénètre  tout et le noir peut se définir comme incurablement religieux. Traditionnellement, il vit en étroite communion avec l’invisible et le sacré. Et, si l’Islam et le Christianisme se substituent immanquablement et selon un processus irréversible aux croyances ancestrales il ne semble pas, dans l’immédiat du moins, que l’athéisme y ait quelque chance de succès. Dans cette perspective, le Vodoun apparaît dès lors comme une identité de l’homme africain. Cette identité vient dire l’être immédiat de l’homme africain en ce quelle se résout en une synthèse pondérée d’attitudes organisées, variables avec les modes de vie propre à l’africain, probablement construites au cours du temps selon les contingences historique actuellement perdues et exprimant diversement l’âme africaine. En tant que synthèse du vécu africain, le Vodoun est une religion ayant atteint l’effectivité ; et ce n’est que par cette effectivité qu’il parait comme identité de l’homme africain. Autrement dit, le Vodoun en tant qu’en-et-pour soi du vécu africain réalise l’être de l’homme africain.

Cependant, qu’est-ce que c’est que la réalité africaine pour que le Vodoun en soi une identité ?

Le terme de réalité désigne abstraitement le caractère de ce qui est réel et, concrètement le réel considéré, soit dans un de ses éléments soit dans son ensemble total. Par conséquent, la réalité africaine c’est tout le donné africain en son caractère abstrait et concret. L’objet de valeur ici, relève de la culture en ce sens que si je désire manger, mon désir vise un plat bien déterminé dans une sphère culinaire propre à mon réseau culturel.

Par ailleurs, comment le Vodoun exprime t-il l’identité de l’homme Africain ?

Nous pouvons à cet effet, remarquer que aucune religion importée n’exprime réellement l’identité de l’africain ; au point qu’on puisse parler dans la religion chrétienne catholique d’inculturation. Ses religions n’arrivent pas à épuiser le sens de la religiosité africaine. En dépit de tout cela le Vodoun en tant que sorti même du sein de la culture africaine touche réellement le vécu africain. Il l’exprime de bien de manière : le Vodoun accompagne l’africain bien avant sa naissance et bien longtemps après sa mort physique. Il apparaît donc à la fois manifeste et discrète. Ainsi, là où se trouve un africain, il y a son Vodoun : assis à la maison, ou sur la route où il chemine, dans les champs au temps de la semence et de la récolte, dans le village au moment de la fêtes ou des funérailles, à l’école, en salle d’examen, etc.

En clair, tel est donc le rôle du Vodoun : accompagné l’homme africain. Ce fait représente une foi, une révélation. Mais on la voit encore mieux dans son extension à toute la réalité de la vie, lors des grands moments de la vie où se donne à connaître le mouvement dialectique de l’unité mort-vie. Le Vodoun est la réalité Africaine s’étant incarnée ; il exprime donc de la manière la plus authentique l’être de l’homme africain, non pas cet africain de nos jours européanisé ; et de ce fait, il répond aux graves problèmes d’authenticité de l’africain et c’est pourquoi dirions-nous, le Vodoun est une identité de l’Homme africain.

En effet, le citoyen n’est dit authentique que dans la mesure où il se manifeste libéré de toutes les formes d’aliénation mentale. Et, c’est effectivement cette liberté qu’exprime le Vodoun à travers ses rites, où il se trouve établi une forme de communication entre l’adepte et Dieu par l’intermédiaire des ancêtres, garant des valeurs traditionnelles. Aussi, pour Mobutu l’un des grands meneurs de la lutte pour l’authenticité, l’autre nom de la décolonisation raciale, d’une liberté politique, économique et culturelle est l’authenticité ; c’est en effet cela que réalise le Vodoun à travers sa théologie qui est volonté de s’affirmer et de se connaître soi-même.

Le Vodoun est un phénomène fondamental qui embrasse tous les aspects de la vie de l’homme africain, tant privé et individuel que familial et socio-politique. Il imprègne toute la vie de ce dernier, est mêlé à tout, se confond avec tout et aucune circonstance de la vie de l’africain ne lui échappe ; au point qu’il ne serait pas exagéré de dire que le Noir ‘‘respire’’ le Vodoun.

Comme religion, le Vodoun joue un rôle psychologique et social d’intégration et d’équilibre. Il permet aux personnes vivant en communauté de se comprendre, de se mettre en valeur, de s’y intégrer, de supporter leurs conditions et de maîtriser leurs angoisses.

Pour l’africain l’existence de Dieu est une réalité indubitable. Il évoque à tout moment et partout la présence d’un dieu : pour guérir les malades, pour semer, pour construire une maison, avant d’aller à la chasse, à la pêche ou en voyage, pour se marier, pour avoir des enfants, pour commencer donc chaque activité et en toutes circonstances ; autrement dit chaque chose pour l’africain est pénétré par la présence de Dieu. Tout ce vécu existentiel de l’africain se trouve réalisé dans et par le Vodoun. Dès lors, le Vodoun représente le terroir de la manifestation et de l’expression de la culture africaine et donc de africain.

En effet, bien que spécifiquement lié aux Béninois et Togolais, le Vodoun exprime l’être de tout africain. Car, la culture africaine comporte une unité. En dépit d’un apparent morcellement de la civilisation africaine, mieux d’un éparpillement  culturel, il existe toujours au-delà de ces différences, certains faits communs à la totalité des groupes ethniques africains à partir desquels se définissent la culture ou la personnalité africaine. A tous ceux qui s’attèlent à rechercher les diversités culturelles entre les peuples africains, Diop annonce et établit que « tous les négro-africains tirent leur origine de la vallée du Nil où ils auraient émigrés après le dessèchement complet du Sahara et de là, en raison du surpeuplement et des invasions, ils vont occuper le centre puis le sud du continent en chassant les pygmées. Les données toponymiques, ethnonymiques et linguistiques qui situent le berceau commun de tous les nègres d’Afrique dans la vallée du Nil confirment aujourd’hui cette thèse. »[1].

Le Vodoun comme tel, est le substratum d’une parenté culturelle originelle de tous les peuples négros-africains.

 



[1] Cheik Anta Diop, L’unité culturelle de l’Afrique Noire, P.64.



22/07/2009
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